Picasso rend visite à Soulages

A partir du 11 juin et jusqu’à la fin du mois de septembre, le musée Soulages de Rodez accueille une exposition temporaire consacrée à Pablo Picasso. Un Picasso quotidien et intime, selon le souhait de Pierre Soulages, présenté à travers des œuvres datées de 1908 à 1964.

En dialoguant avec Pierre Soulages, le musée éponyme a choisi de présenter le plus représentatif, le plus célèbre aussi, des peintres du vingtième siècle, Pablo Picasso. Célèbre considérablement certes, mais qui n’est pas forcément très connu du grand public, hors de Paris, par exemple. Picasso reste un continent à découvrir. De l’invention du cubisme aux derniers feux, les toiles fortement sexualisées du Palais des Papes en Avignon, le peintre crée et invente abondamment. Chaque étape est une remise en cause, les citations de sa propre peinture et des modèles d’artistes des siècles précédents, se superposant pour mieux les dépasser.

L’ exposition proposée au musée Soulages, de proportions modestes, entend néanmoins montrer un parcours dans l’oeuvre. Pierre Soulages a choisi d’infléchir le thème de l’exposition sur le domaine de l’intime et de la quotidienneté de Picasso. Un ensemble d’oeuvres sera ainsi montré au public, dont quelques chefs d’oeuvre habituellement proposés dans les musées Picasso, à Paris et à Antibes : des peintures, des dessins, quelques lithographies et une sculpture ancienne, – plutôt un assemblage – Verre et dé de 1914. Picasso a toujours affirmé que son oeuvre se lisait comme un journal ouvert, comme une histoire de l’art entre peinture et autobiographie. « Mes toiles, finies ou non, sont comme les pages de mon journal, et en tant que telles, elles sont valables. L’avenir choisira les pages qu’il préfère », affirmait-il à Françoise Gilot et à Carlton Lake. Écartant les paysages, les peintures d’histoire, les mythologies ou les tauromachies, les commissaires privilégient la familiarité, la proximité, condensés dans les natures mortes, les ateliers, les portraits et les nus, somme toute un univers dont ont témoigné les photographes dans les demeures et ateliers de Picasso à Paris, Boisgeloup, Antibes, Cannes, Vallauris, Mougins… L’artiste est ramené à la simplicité, à la fonctionnalité du geste créateur : comme ces photographies de David Douglas Duncan dans lesquelles Picasso en short et torse nu, vaque, objets à la main, dans la solitude d’un atelier très occupé.

Le musée Soulages a reçu depuis son ouverture 380 000 visiteurs. Ce musée qui rassemble la plus importante donation d’oeuvres de Pierre et Colette Soulages – peintures sur papier et sur toile, estampes (eaux-fortes, lithographies, sérigraphies), cartons des vitraux de Conques, photographies, livres et films… a été conçu par les architectes catalans RCR en collaboration étroite avec le peintre. C’est un endroit vivant, contemporain, avec une rotation régulière des collections, des accompagnements sur les techniques qui sous-tendent la genèse des créations variées de Soulages. Sans exister exclusivement comme un exercice monographique, le musée a aussi pour vocation de présenter les autres artistes et mouvements de l’art moderne et contemporain.

Signalons par la même occasion qu’un autre musée ruthénois, le musée Fenaille, accueille actuellement des œuvres d’un autre monument de la création artistique, Auguste Rodin. Jusqu’au 31 décembre.

Savoir plus : musee-soulages.rodezagglo.fr ; musee-fenaille.rodezagglo.fr

Photo : Nature morte à la pastèque, 1946 ; Musée Picasso, Antibes

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